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François Villon (1431 – disparu en 1463): Ballade que Villon fît à la requête de sa mère pour prier Notre- Dame. complété le 06 03 2013

François Villon (1431 – disparu en 1463)

 

Ballade que Villon fît à la requête de sa mère pour prier Notre- Dame. 

 

 

Dame du ciel, régente terrienne,

Emperière des infernaux palux,

Recevez-moi, votre humble chrétienne,

Que comprise soit entre vos élus,

Ce nonobstant qu’oncques rien ne valut.

Les biens de vous, ma dame et ma maitresse,

Sont trop plus grands que ne suis pécheresse,

Sans lesquels biens âme ne peut merir

N’avoir les cieux, je n’en suis jengleresse.

En cette foi je veux vivre et mourir.



A vôtre Fils dites que je suis sienne ;

Que de lui soient mes péchés absolus :

Pardonnez moi comme à l’Egyptienne,

Ou comme il fît au clerc Theophilus,

Lequel par vous fut quitte et absolu,

Combien qu’il eut au diable fait promesse.

Préservez-moi, que je ne fasse cesse ;

Vierge, pourtant, me veuillez impartir

Le sacrement qu’on célèbre à la messe.

En cette foi je veux vivre et mourir.



Femme je suis pauvrette et ancienne,

Ni rien ne sait ; oncques lettre ne lut ;

Au Moustier vois dont suis paroissienne

Paradis peint, où sont harpes et luths,

Et un enfer où damnés sont boullus :

L’un me fait peur, l’autre joie et liesse.

La joie avoir fait moi, haute Déesse,

A qui pécheurs doivent tous recourir,

Comblée de foi, sans feinte ni paresse.

En cette foi je veux vivre et mourir.

 

Envoi

Vous portâtes, Vierge, digne princesse,

Jésus régnant, qui n’a ni fin ni cesse.

Le Tout-Puissant, prenant nôtre faiblesse,

Laissa les cieux et nous vint secourir ;

Offrit à mort sa très chère jeunesse ;

Nôtre Seigneur tel est, tel le confesse.

En cette foi je veux vivre et mourir.

 

 

 

 

NB1 – Texte avec l'orthographe parfois un peu corrigée pour être plus compréhensible.

 NB2 - explications: empériere: impératrice; palux: marais; mérir: mériter

NB3 - Voici le texte original

 

BALLADE QUE VILLON FEIT A LA REQUESTE DE SA MÈRE, POUR PRIER NOSTRE-DAME.

 


Dame du ciel, regente terrienne,

Emperière des infernaulx palux,

Recevez-moy, vostre humble chrestienne,

Que comprinse soye entre voz esleuz,

Ce non obstant qu’oncques rien ne valuz.

Les biens de vous, ma dame et ma maistresse,

Sont trop plus grans que ne suis pecheresse,

Sans lesquelz biens ame ne peult merir

N’avoir les cieulx, je n’en suis jengleresse.

En ceste foy je vueil vivre et mourir.



A vostre Filz dictes que je suis sienne ;

Que de luy soyent mes pechez aboluz :

Pardonnés moi comme à l’Egyptienne,

Ou comme il feit au clerc Theophilus,

Lequel par vous fut quitte et absoluz,

Combien qu’il eust au diable faict promesse.

Preservez-moy, que je ne face cesse ;

Vierge, pourtant, me vouilliés impartir

Le sacrement qu’on celebre à la messe.

En ceste foy je vueil vivre et mourir.



Femme je suis povrette et ancienne,

Ne riens ne sçay ; oncques lettre ne leuz ;

Au monstier voy dont suis parroissienne

Paradis painct, où sont harpes et luz,

Et ung enfer où damnez sont boulluz :

L’ung me faict paour, l’autre joye et liesse.

La joye avoir fais-moy, haulte Deesse,

A qui pecheurs doivent tous recourir,

Comblez de foy, sans faincte ne paresse.

En ceste foy je vueil vivre et mourir.

 

ENVOI.

 

Vous portastes, Vierge, digne princesse,

Jesus regnant, qui n’a ne fin ne cesse.

Le Tout-Puissant, prenant nostre foiblesse,

Laissa les cieulx et nous vint secourir ;

Offrist à mort sa très clère jeunesse ;

Nostre Seigneur tel est, tel le confesse.

En ceste foy je vueil vivre et mourir.


 

 

 

 

Poème mis sur mon blog le 5 mars et complété le 6 mars 2013.

 

 

 



05/03/2013
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