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Charles BAUDELAIRE : poème "sois sage ô ma douleur" 11 2012

Charles BAUDELAIRE (1821 – 1867)

 

’Recueillement’’

 

Sonnet

 

 

 

                                   Sois sage, ô ma Douleur, et tiens-toi plus tranquille.

                                   Tu réclamais le Soir ; il descend ; le voici :

                                   Une atmosphère obscure enveloppe la ville,

                                   Aux uns portant la paix, aux autres le souci.

 

                                   Pendant que des mortels la multitude vile,                                   

                                   Sous le fouet du Plaisir, ce bourreau sans merci

                                   Va cueillir des remords dans la fête servile,

                                   Ma douleur, donne-moi la main ; viens par ici,

 

                                   Loin d'eux. Vois se pencher les défuntes Années,

                                   Sur les balcons du ciel, en robes surannées

                                   Surgir du fond des eaux le Regret souriant ;

 

                                   Le Soleil moribond s'endormir sous une arche,

                                   Et, comme un long linceul traînant à l'Orient,

                                   Entends, ma chère, entends la douce Nuit qui marche.

 

 

 

 

 

 

 

Dans  ‘’Les fleurs du mal’’ (1857)

 

Ce sonnet parut pour la première fois en novembre 1861, dans ‘’La revue européenne’’, quelques mois après la seconde édition des ‘’Fleurs du mal’’. C'est donc un poème de la maturité. Il a 40 ans mais il mourra à 47 ans, épuisé par la vie qu’il a menée, par la pauvreté et la maladie.

 

Ce poème (il aurait du choisir un autre titre mais tant pis !)contraste, par son climat d’apaisement, apaisement de l’âme à l’approche du soir, mais aussi d’un soir symbolique : celui de la vie, avec la
détresse que le poète connaissait à cette époque. À aucun moment, en effet, il ne s’était senti aussi seul, et ce poème  est d’abord le cri de douleur d’un solitaire. Il n’a plus de maitresses et il est  malade.

 

Le 6 mai 1861, il avait écrit une lettre à sa mère, une des plus belles et des plus émouvantes, «Je suis seul, sans amis, sans maîtresses, sans chien et sans chat, à qui me plaindre.». Et il confia à sa
mère son désir de se suicider.

 

 

 

Edité le 9 novembre 2012



09/11/2012
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