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Georges Fourest (1867 – 1945): poème sur les sardines à l'huile , 04 06 2018

Georges Fourest (1867 – 1945)G fourest.png

 

 

Sardines à l’huile


 

    Sardines à l’huile fine
sans tête et sans arêtes.

              (Réclames des sardiniers, passim.)


Dans leur cercueil de fer-blanc
plein d’huile au puant relent
marinent décapités
ces petits corps argentés
pareils aux guillotinés
là-bas au champ des navets !
Elles ont vu les mers, les
côtes grises de Thulé,
sous les brumes argentées
la Mer du Nord enchantée...
Maintenant dans le fer-blanc
et l’huile au puant relent
de toxiques restaurants
les servent à leurs clients !
Mais loin derrière la nue 
leur pauvre âmette ingénue
dit sa muette chanson
au Paradis-des-poissons,
une mer fraîche et lunaire
pâle comme un poitrinaire,
la Mer de Sérénité
aux longs reflets argentés
où durant l’éternité,
sans plus craindre jamais les
cormorans et les filets,
après leur mort nageront
tous les bons petits poissons !...
 
Sans voix, sans mains, sans genoux
sardines, priez pour nous !...

 



04/06/2018
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