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Koush : Kerma, Napata, Méroé, les Pharaons noirs , texte modifié le 25 01 2017

Royaume de Koush : une longue histoire de Kerma à Napata puis les Pharaons noirs
de la 25 ième dynastie en Egypte et enfin Méroé.

 

A – Histoire

La Nubie ou pays de Koush (voir carte) a une longue histoire : il y a les périodes suivantes :

 

1 – Kerma

Trois périodes chronologiques ont été distinguées sur la base du matériel céramique découvert dans les cimetières de l'île de Saï et de la ville de Kerma :

- Le Kerma ancien (environ 2450-2050 BC) fondation de la ville de Kerma avec son quartier religieux 
et sa nécropole.

- Le Kerma moyen (environ 2050-1750 BC) palais et tombes princières.

- Le Kerma classique (environ 1750-1480 BC) extension de la ville, temples et tombes royales : La période du Kerma classique est la plus brillante qu’ait connu le royaume (voir photo). L’influence de ses souverains s’étend jusqu’en Basse Nubie et la proposition d’alliance du roi hyksos de la 15ième dynastie, vers 1580 BC, renforce leur importance sur la scène politique.

- Une quatrième période, appelée Kerma final (environ 1480-1450 BC), marque la transition entre la fin du royaume et l’occupation égyptienne. Le royaume de Kerma prend fin vers 1450 BC avec la conquête de Koush par les pharaons de la 18ième  dynastie, notamment Touthmôsis III. Ils détruisent la capitale.

 

2 – Occupation égyptienne (environ 1450 – 1100 BC) : avec un vice-roi installé à Aniba comme capitale.

C'est durant cette période, vers 1300 - 1200 BC, que se situe l'épisode de Tsippora ou Sephora, une Koushite vivant au Nord au niveau de la Jordanie actuelle, fille adoptive de Jethro, qui devint l'épouse de Moise le grand prophète juif. (cf. le livre de Marek Halter sur Tsippora)

 

3 – Rois de Napata 1ère époque (environ 1050 – 800 BC) : après des troubles, montée lente de leur puissance avec Napata comme capitale.

 

4 – Pharaons noirs de la 25ième dynastie (environ 750 – 655 BC) :les Rois de Napata deviennent pharaons de toute l’Egypte. En effet, devant l'anarchie qui y règne, Piyé (Piânkhy), puis après lui ses successeurs, interviennent et montent sur le trône d'Égypte fondant la 25ième  dynastie Ils soumettent les roitelets du delta, pacifient l’Egypte  et gouvernent avec justesse.

Il y en a eu 5 dont Piankhy (ou Piye), Chabaqa, Chabataqa (cf. photo), Taharqa et Tanouetamani.

Ces pharaons nubiens régneront pendant près d'un siècle assurant une nouvelle prospérité et stabilité à toute la vallée du Nil. Les relations commerciales avec les voisins de ce double royaume sont
alors florissantes et la cour de Napata entretient des relations diplomatiques soutenues avec les principautés du Moyen - Orient.

 Ils sont chassés par les Assyriens qui installent Néchao comme pharaon.

 

5 - Rois de Napata 2ième époque (environ 660 – 400 BC) : retour en Nubie à Napata. Leurs souverains gouvernent la Nubie et le Soudan à la suite de la 25ième  dynastie dont ils sont les légitimes successeurs.Lors d'une expédition sous Psammétique II en 591 BC, les Égyptiens tentent de faire disparaître toute trace de ces "pharaons noirs". Ils détruisent, entre autres, à Napata les statues des souverains exposés dans les temples, dont les restes ont été retrouvés à Djebel Barkal au début du 20ième siècle et à Doukki Gel en 2003. Suite à cette expédition, les rois kouchites reprennent le contrôle de la Nubie sous le nom de royaume de Napata, mais n'étendent pas leur pouvoir en aval de la 2e cataracte. Reconstruction partielle de Napata (voir photo).

Il y a eu au moins 11 rois de Napata durant cette période.

6 – Rois de Méroé (environ 400 BC – 400 AD) : transfert de leur capitale à Méroé, plus au Sud et plus facile à défendre, au sud de la Cinquième cataracte. Ce nouvel emplacement offre des avantages stratégiques et économiques importants, car la région se trouve dans un réseau de routes commerciales et bénéficient de pluies abondantes. Cette ville devient alors la capitale d’un empire particulièrement florissant (voir photo des temples), dont la culture issue des traditions nubiennes témoigne également de l’égyptianisation des élites.

Ils résisteront aux menaces et aux attaques des armées égyptiennes menaçantes, puis des Ptolémées et des Romains (traité de Samos).

Des divinités autrefois locales reçurent un culte royal : Apedemak, le dieu à tête de lion, dispensateur de vie et protecteur de la nouvelle dynastie, eut désormais ses temples à Naga et à Musssawarat, au
nord-est de Khartoum. D'autres dieux ou déesses, inconnus des Égyptiens, furent également honorés : Sebioumeker, figuré comme un pharaon coiffé de la double couronne, Amesemi, parèdre d'Apedemak, représentée avec les cheveux crépus couronnés d'un faucon, les traits fortement africains et les joues tailladées de scarifications rituelles. Les divinités égyptiennes gardent cependant les faveurs des Méroïtes : Amon, Mout, Horus, Hathor, Bès font toujours l'objet d'une fervente adoration.

Le développement considérable du culte d'Isis que connaît le monde méditerranéen touche également Méroé ; son sanctuaire principal à Philae, à la frontière avec l'Égypte, est fréquenté assidûment par les pèlerins venus de Koush.

Des rois, des reines se succèdent, qui ne sont souvent pour nous qu'un nom sur une table d'offrandes funéraires ou le décor d'une pyramide.

La candace ou reine  Amanishakheto, qui succéda à Amanirenas et régna à l'époque du Christ, brille pour nous d'un éclat particulier : son trésor de bijoux, retrouvé dans sa pyramide de Méroé par un aventurier italien, est actuellement exposé à Munich et à Berlin.

Les fouilles de El-Hassa, près de Méroé, ont permis, par ailleurs de découvrir aussi un de ses rois méroïtiques, empereur oublié de l’histoire : le Gore Nebmaâtrê Amanakhareqerem .

 

7 – Royaumes post-méroitiques (environ 400 – 600 AD)

 

8 – Royaume chrétiens vassaux de l’Ethiopie (environ 650 – 1300 AD) : après les invasions éthiopiennes, création de royaumes chrétiens.

 

9 – Période islamique (environ 1320 à nos jours)

 

B – Langue et écriture

Ils ont eu une religion et une écriture spécifiques, même si elles intègrent des éléments égyptiens

Le méroïtique est une langue qui fut parlée dans le royaume de Koush  jusqu'au 5ième siècle AD ; elle fut également écrite à partir du 2ième siècle BC. Ce fut la langue des pharaons noirs de la 25ième dynastie. L'alphabet méroïtique possède deux écritures distinctes : l'une hiéroglyphique, l'autre cursive. Bien que les signes aient été déchiffrés en 1911, la langue reste en grande partie encore mal comprise malgré les travaux des chercheurs comme Claude Rilly. Depuis le 19ième siècle, plusieurs milliers de textes méroïtiques ont été découverts sur des sites de Nubie égyptienne et du Nord Soudan.

L’écriture spécifique, comportant vingt-trois caractères sous deux formes : l'une hiéroglyphique, rare et réservée à l'usage royal ou cultuel, l'autre cursive, abondamment employée par toutes les couches de la société. En raison du nombre restreint des signes, on sait maintenant qu'il s'agit en fait d'un syllabaire simplifié, élaboré sur place. Les caractères cursifs dérivent du démotique, l'écriture
stylisée de l'Égypte tardive, tel qu'il se présentait au 3ième  siècle BC. Quant aux hiéroglyphes, ils correspondent à un choix, parfois déroutant, effectué plus tard dans le répertoire égyptien pour doter les rois de Méroé d'une écriture sacrée.

La découverte de Claude Rilly : le rattachement du méroïtique à la famille des langues nilo-sahariennes, un des super-groupes de langues d'Afrique. Après avoir établi un vocabulaire commun aux langues qui composent cette famille, Claude Rilly a reconstitué une protolangue, le Soudanique oriental nord et compris que le méroïtique en découlait également. Pour poursuivre ses travaux, établir les correspondances phonétiques, il lui reste encore à explorer les langues apparentées. Encore de nombreuses années de travail…Mais déjà grâce à sa technique, il a par exemple confirmé que le dieu-lion Apédémak, auxquels les Méroïtes vouaient un culte majeur, n'étais pas d'origine égyptienne mais avait bien été créé par eux.

 

Rappelons que la langue égyptienne (dont le copte est le dérivé actuel) est une langue sémitique, alors que le méroîtique est une langue soudanaise.

C - Conclusion

L’état des travaux actuels nous permet aujourd'hui d'affirmer que ce
royaume tant à ses débuts au troisième millénaire avant notre ère que jusqu'aux conquêtes chrétiennes du 4ième siècle était une culture et une civilisation indépendante et qui réussit la synthèse de sa culture propre et de celle de l'Égypte, dont il représentera l'ultime évolution aux alentours de l'ère chrétienne alors que Rome dominait l'ensemble des cultures de l'antiquité.

Leur histoire a été très longue et mouvementée: 3 royaumes indépendants se succèdent avec 3 capitales : Kerma indépendant de 2400 à 1450 BC, Mais il y a eu aussi une occupation égyptienne de 1450 à 1100 BC Napata indépendant de 1050 à 400 BC et donne 5 pharaons noirs à l'Egypte de 750 à 650 BC ( signalons une attaque d'un pharaon en 591 BC qui voulait éliminer les traces des pharaons noirs et détruisit Napata (il fût reconstruit aussitôt).  Méroé indépendant de 400 BC à 400 AD et royaume florissant. Puis vint le déclin, puis vassal de l'Ethiopie puis la période islamique.

Il faut saluer cette civilisation indépendante qui a duré environ 2800 ans et a réussi à exister et à faire la synthèse avec leur très puissant voisin égyptien: c'est un vrai exploit qui mérite d'être mieux connu

E. d'Orsay, texte modifié le 25 01 2017

 



21/04/2012
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