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Aragon: poème: "Comme une étoffe déchirée"

Louis Aragon (1897 – 1982)

 

C’est si peu dire que je t’aime

« Comme une étoffe déchirée »

 

Comme une étoffe déchirée

On vit ensemble séparés

Dans mes bras je te tiens absente

Et la blessure de durer

Faut-il si profond qu'on la sente

Quand le ciel nous est mesuré


C'est si peu dire que je t'aime


Cette existence est un adieu

Et tous les deux nous n'avons d'yeux

Que pour la lumière qui baisse

Chausser les bottes de sept lieues

En se disant que rien ne presse

Voilà ce que c'est qu'être vieux



C'est comme si jamais jamais

Je n'avais dit que je t'aimais

Si je craignais que me surprenne

La nuit sur ma gorge qui met

Ses doigts gantés de souveraine

Quand plus jamais ce n'est le mai



Lorsque les choses plus ne sont

Qu'un souvenir de leur frisson

Un écho des musiques mortes

Demeure la douleur du son

Qui plus s'éteint plus devient forte

C'est peu des mots pour la chanson


C'est si peu dire que je t'aime

 

Et je n'aurai dit que je t'aime

 

Le Fou d'Elsa - Extrait de " Journal de Moi "

 

(mis en musique par Jean Ferrat en 1971)

 



22/05/2012
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